5 peurs qui entravent la communication

Ce matin, en réunion de service, Henri s’est attribué les excellents résultats du projet Categoria, alors qu’il n’y a quasiment pas contribué. Vous, en revanche, avez passé vos soirées entières au bureau la semaine dernière pour peaufiner ce dossier… Pas un merci… Vous vous sentez déçu, trahi.  « Tu devrais aller lui parler, lui dire les choses », vous suggère gentiment votre collègue Emilie.
« Lui parler? J’ai une réunion dans 10 minutes, je ne vais pas faire ça entre deux portes, tant pis, je lui en parlerai plus tard. De toute façon, je le connais, il est comme ça, on ne le changera pas… »  

Cette situation vous semble-t-elle familière? Vous est-il arrivé de ruminer une déception professionnelle, puis de la ranger dans un coin de votre tête sans en avoir parlé à personne? En réalité, ce sont nos peurs qui nous empêchent de nous exprimer. Elles nous amènent à trouver toutes sortes d’excuses pour ne pas se prêter à l’exercice de la communication authentique. Étudions de plus près cinq d’entre elles, récurrentes dans l’environnement professionnel, à l’aide de la thérapeute Colette Portelance*, spécialiste de la communication authentique.

La peur de décevoir

Si j’exprime un ressenti « négatif », je montre que je ne suis pas parfait. Si je ne suis pas parfait aux yeux des autres, ils seront déçus et me jugeront, ou pire, me rejetteront. 

La peur de décevoir trouve sa source dans l’importance que nous accordons au regard des autres. Nous voulons tellement renvoyer une bonne image en toutes circonstances, que nous nous fixons des exigences démesurées. Nous cultivons ainsi le sentiment de n’être jamais à la hauteur. A la hauteur de quoi? Qu’avons-nous à prouver? Lorsque la peur de décevoir nous anime, nous voulons montrer notre perfection, et ce que l’on fait devient plus important à nos yeux que ce que l’on est. Nous préférons nier nos ressentis pour sauver notre image.

La peur de blesser

Je ne veux pas lui faire de la peine. Pourquoi irais-je lui dire quelque chose de désagréable alors que le quotidien au travail est déjà suffisamment complexe à gérer? 

Lorsque la peur de blesser nous habite, nous préférons réprimer notre ressenti, ménager les apparences au risque de rendre la communication superficielle. On affirme à l’autre que tout va bien. Lorsque l’on ne dit pas les choses par peur de blesser, on se blesse nous-mêmes en s’imposant un refoulement des émotions.
Si dans la majorité des cas notre intention n’est pas de blesser lorsque nous exprimons nos ressentis, dire les choses peut être blessant et peut déranger notre interlocuteur. Cela peut réveiller ses propres peurs ou émotions. C’est une possibilité. Colette Portelance exprime ainsi cette idée: « Il ne s’agit pas de blesser pour blesser, mais d’accepter qu’il n’y a pas de communication authentique sans possibilité de déranger l’autre et que c’est la capacité à faire face à ce dérangement qui rend la relation plus solide. » 

La peur du changement

Si j’exprime mon ressenti, quelles seront les conséquences? 

La peur du changement, c’est la peur de l’inconnu. S’exprimer, c’est engageant: il est délicat de faire part d’une insatisfaction sans réfléchir à ce que l’on pourrait mettre en place pour faire évoluer les choses. Lorsque la peur du changement surgit, nous choisissons de nous accommoder de la situation, estimant qu’elle pourrait être bien pire. La peur du non-changement peut aussi nous amener à nier notre ressenti et ne pas communiquer. En effet, rassembler son énergie pour s’exprimer et ne pas observer de changement dans les comportements de l’autre peut également générer un sentiment de déception. 
Pour se protéger de la peur du changement, nous exerçons un contrôle sur notre environnement en nous organisant une vie routinière: déjeuner avec les mêmes collègues tous les midis, suivre les mêmes processus « parce qu’on a toujours fait comme ça », faire son possible pour éviter le changement. La peur du changement nous empêche de voir sa dimension constructive: l’amélioration, le challenge, le dépassement, l’élargissement de la zone de confort… 

La peur du jugement

Si j’exprime à Henri mon ressenti suite à la réunion de ce matin, il va dire que je suis ingrat. Et c’est ce que toute l’équipe pensera. Je ne veux pas avoir à me défendre sur ce point. 

Pour se protéger du jugement, nous développons une tendance au perfectionnisme. Nous voulons être irréprochables, avoir raison, ne pas commettre d’erreurs. Nous nous imposons des règles de fonctionnement et de comportement très exigeantes, comme si nous avions quelque chose à prouver. Cette volonté de prouver dissimule la honte de montrer son imperfection, la honte de se montrer vulnérable, de dire que l’on ne sait pas. Colette Portelance explique que « nous avons peur d’être jugé parce que nous jugeons les autres et nous nous jugeons nous-mêmes ». La peur du jugement agit ainsi comme un effet miroir: nous nous savons capables de juger, pourquoi les autres ne le feraient-ils pas? Cette notion d’effet miroir nous permet d’adopter un regard différent sur nos comportements et fonctionne dans de multiples situations (ainsi par exemple pour le rejet: j’ai peur d’être rejeté car je rejette les autres et je me rejette moi-même).  

La peur du conflit

Si j’exprime mon ressenti, Henri risque de s’énerver, ou de m’en vouloir. Notre collaboration va se dégrader… 

La peur du conflit est liée à la peur de la colère, qui trouve elle-même ses fondements dans notre éducation. Depuis que nous sommes enfants, on nous a appris qu’il ne fallait pas exprimer sa colère, que cela ne se faisait pas. Or, l’émotion et l’expression de l’émotion sont deux choses différentes: nous pouvons tout à fait être en colère et l’exprimer de manière saine. Nous avons donc appris à garder la colère à l’intérieur, avec le risque qu’elle explose de manière non maîtrisée.
Il est impossible d’éviter les conflits tout en restant nous-mêmes dans une relation. En évitant le conflit, nous nions une partie de nous mêmes par peur de provoquer la colère de l’autres, ou d’exprimer la nôtre. Attention, il ne s’agit de rechercher ou provoquer le conflit, mais simplement de s’affirmer, affirmer ses idées et sa posture.

Ma peur et moi…

Colette Portelance affirme que nous ne pouvons pas éliminer nos peurs: « la peur non entendue ne disparaît pas, elle s’enregistre dans le corps et le psychisme, diminue l’énergie vitale ». La première étape pour dépasser une situation qui nous gêne est d’identifier sa peur. Mettre les bons mots sur ce que l’on ressent nous permettra ensuite de travailler sur l’acceptation, puis l’apprivoisement de nos peurs. Vous est-il déjà arrivé de vous dire « je ne suis pas bien, quelque chose me dérange, mais je n’arrive pas à dire de quoi il s’agit »? Pour ma part, une fois que je mets le doigt sur ce qui me gêne, je me sens déjà un peu mieux! Développer l’écoute de soi est essentiel dans cette démarche.

Identifier sa peur, c’est déjà faire une grande partie du chemin. En ce qui me concerne, je remonte le fil de mes peurs lorsque ma tendance au perfectionnisme refait surface…  Qu’en est-il pour vous? A quelle occasion l’une de vos peurs vous a-t-elle empêché de communiquer? 

A très bientôt,
Une communicante qui vous veut du bien

Référence:
*Colette Portelance, La communication authentique, approfondissez vos relations intimes

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